La schizophrénie expliquée aux schizophrènes


L'hôpital



LES SOINS A L'HOPITAL

L'hôpital n'est pas un lieu de vie. C'est un endroit où l'on traite la crise et seulement la crise. Quand la crise est passée, les patients retournent à domicile ou, s'ils ont encore besoin de soins, sont orientés vers des structures de soins au long cours. Les seuls patients qui restent à l'hôpital sur de longues durées sont des malades dont les symptômes positifs (hallucinations, délire) résistent au traitement et restent trop invalidants pour qu'ils puissent vivre en dehors de l'hôpital.

Par contre, il est vrai (et bien regrettable) qu'il n'existe pas suffisamment de structures d'accueil destinées à recevoir des schizophrènes et que les listes d'attente sont très importantes. Il arrive donc que certains patients restent à l'hôpital plus longtemps qu'il ne faudrait. C'est d'autant plus regrettable que l'hôpital n'est pas adapté pour des soins de longue durée.

En premier lieu, l'hospitalisation permet au malade de retrouver un rythme et des habitudes de vie stables dans un environnement sécurisé. Le médecin va vous prescrire ce qu'on appelle un cadre de soins. C'est un ensemble de règles de conduite dont le but est de vous donner des repères précis. Le cadre de soins détermine les activités thérapeutiques auxquelles vous devrez participer, les heures auxquelles vous devez rester dans votre chambre, si vous pouvez téléphoner ou non, si vous pouvez avoir des visites... Certaines unités sont fermées, et les temps de sortie sont réglementés.

L'hospitalisation va vous permettre de retrouver un équilibre et de réapprendre à être en relation avec les autres. Il va aussi servir à adapter un traitement qui vous soulagera. Le but des soignants est de vous aider à aller mieux et de vous permettre une sortie le plus vite et dans les meilleures conditions possibles. Après votre sortie, il est important que vous poursuiviez votre suivi auprès de votre psychiatre et d'un psychologue.

LES SOIGNANTS

Pendant votre hospitalisation, vous allez rencontrer différentes catégories de soignants et de personnel.

Il faut savoir que tous les soignants qui travaillent en psychiatrie sont liés par le secret médical. Il leur est interdit de parler de leurs patients à qui que ce soit en dehors du service. Cependant, il est important que les soignants communiquent à l'intérieur de l'unité, pour que vous soyez pris en charge de manière satisfaisante. C'est pour cela que, le plus souvent, les entretiens médicaux sont réalisés en binôme avec un infirmier ou une infirmière. Les soignants échangent les informations dans divers types de réunions comme par exemple les réunions de synthèse clinique (où l'on parle du cas particulier d'un patient) ou les relèves infirmières.

Les soignants sont là pour vous aider. Ils sont à votre service pour vous sortir de la crise qui vous a conduit à être hospitalisé.

Les plus nombreux sont les infirmiers et infirmières. Contrairement à ce que l'on voit dans les films, il y a maintenant autant voire davantage d'infirmières que d'infirmiers dans les hôpitaux psychiatriques ordinaires. Les infirmiers ne sont pas des "gros bras" ni des "matons". Depuis quelques années, les infirmiers de psychiatrie reçoivent la même formation que les infirmiers qui travaillent dans les services de médecine générale. Leur travail est de vous accompagner au travers de ce moment difficile qu'est l'hospitalisation.

Leur rôle est primordial et multiple:

- ils participent aux entretiens médicaux,
- ils aident aux soins d'hygiène (avec les aides soignants),
- ils distribuent les traitements, et exécutent les soins prescrits par le médecin,

- ils animent des activités thérapeutiques,
- ils proposent des temps de parole (entretiens infirmiers), ils rassurent, écoutent, expliquent...

- ils accueillent les familles pendant les temps de visites,
- ils vous accompagnent dans des déplacements à l'extérieur de l'hôpital (visites de structures, accompagnements au domicile, sorties thérapeutiques...)

- ils ont aussi un rôle d'observation très important car de nombreux patients ont beaucoup de mal à parler de ce qu'ils ressentent...

N'hésitez jamais à vous adresser aux infirmiers. Ils sont là pour vous.

Tout au long de votre hospitalisation, vous allez être suivi par un psychiatre. Le psychiatre est un médecin qui a fait une spécialisation en psychiatrie (au total, 10 ans d'études). C'est lui qui est responsable de votre prise en charge et de votre projet de soins. Il prescrit votre traitement et prend les décisions concernant votre cadre de soins.

Il est aussi possible que votre médecin soit un interne en psychiatrie. C'est un médecin qui a déjà fait au moins 6 ans d'études et qui est en train de faire sa spécialisation. Il est donc en stage dans l'unité. Les stages durent 6 mois. L'interne a le droit de faire des prescriptions. Il est encadré par un psychiatre.

Vous allez également rencontrer un ou une psychologue. Son rôle est différent selon les services. Habituellement, il propose des temps d'entretien individuel qui sont un bon complément des entretiens médicaux. Son rôle est de vous soutenir et de vous écouter, ainsi que de vous aider à mieux comprendre ce qui vous arrive. Il est tenu par le secret professionnel. Ce que vous lui direz restera confidentiel. Certains psychologues font aussi ce qui s'appelle de la remédiation cognitive. C'est une technique assez nouvelle qui consiste à ré entraîner les fonctions cognitives.

Vous aurez peut-être aussi besoin de rencontrer une assistante sociale. Elle vous aidera dans vos démarches administratives, en fonction de vos besoins et de vos capacités. Etre malade ne doit pas vous empêcher de faire des projets. De nombreux schizophrènes ont pu continuer à travailler, soit en milieu normal soit en milieu protégé. Il existe des aides financières, des mesures de protection et des structures d'accueil adaptées selon les cas. Renseignez-vous auprès de l'assistante sociale.

 
LA SECTORISATION

En France, la psychiatrie est organisée en secteurs.
Cela veut dire que chaque secteur géographique correspond à un secteur hospitalier. Selon votre lieu de domicile, vous serez donc orienté sur un service en particulier. Vous bénéficierez également d'un CMP (Centre Médico Psychologique) et éventuellement d'un CATTP (Centre d'Accueil Thérapeutique à Temps Partiel) et/ou d'un hôpital de jour.

LES MODES D'HOSPITALISATION <br>
La loi prévoit 3 modes d'hospitalisation :

1) L'Hospitalisation libre (HL).

C'est le mode d'hospitalisation ordinaire. Cela signifie que vous êtes d'accord pour être hospitalisé ou que vous en avez fait la demande vous-même.

2) L'Hospitalisation à la demande d'un tiers (HDT).

Dans l'HDT, l'hospitalisation est demandé par une personne de l'entourage, souvent la famille. Cela arrive quand le malade est trop mal pour se rendre compte qu'il a besoin de soins. Deux certificats médicaux sont nécessaires. Le malade en HDT est hospitalisé contre son gré. C'est le médecin qui décide de la sortie. La personne qui a demandé l'HDT peut aussi demander sa levée.

3) L'Hospitalisation d'office (HO).

L'HO est une mesure de sécurité, décidée par le préfet, quand le malade présente un danger pour lui-même ou pour les autres. Là aussi, le patient est hospitalisé contre son gré. C'est là aussi le médecin qui décide de la sortie. HDT et HO sont des modes d'hospitalisation dits "sous contrainte".

Les hospitalisations sous contrainte sont régies par une loi (loi n°90-527 du 27 juin 1990) qui empêche que les personnes soient hospitalisées de façon arbitraire.

Etre hospitalisé sous contrainte limite les droits du patient mais n'autorise pas l'hôpital à faire n'importe quoi. Si vous êtes un jour hospitalisé sous ce mode, vous devez être informé de vos droits et vous recevrez un courrier en recommandé qui vous expliquera la procédure à suivre si vous voulez contester votre hospitalisation.

Une commission indépendante (la CDHP : commission départementale des hospitalisations psychiatriques) veille au bon respect des lois.

LES MESURES DE CONTENTION PHYSIQUE


Certains malades traversent des crises très graves, que les médicaments ne peuvent pas suffire à calmer immédiatement. Ces malades sont dans un tel état d'angoisse ou d'agitation qu'ils peuvent être dangereux pour eux-mêmes ou pour les autres. Pour de tels cas, les soignants sont encore obligés d'utiliser des méthodes de contention physique.

Ce sont des soins prescrits par le médecin et qui doivent respecter des règles très précises.

La plupart des services ont une chambre d'isolement ou chambre de soins intensifs. C'est une chambre sécurisée dans laquelle un patient peut être maintenu quelques heures ou quelques jours dans des moments de crise profonde, pour le protéger de lui-même en cas d'angoisse massive ou pour protéger les autres en cas d'agressivité ou d'agitation.

C'est un temps de soins intensifs ou les soignants sont particulièrement présents et attentifs.

Il arrive aussi qu'un patient doive être contenu sur son lit pour quelques heures. C'est une mesure exceptionnelle qui n'est normalement utilisée que pour lutter contre certaines angoisses très importantes où le malade a l'impression qu'il va exploser ou se morceler. Dans ces conditions, la contention peut être très sécurisante.

Ces mesures sont exceptionnelles et ne doivent en aucun cas être utilisées comme des punitions ou des remises à l'ordre.

Les patients hospitalisés sont des usagers et des citoyens avant tout. Leurs droits doivent être respectés en toute circonstance.




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