La schizophrénie expliquée aux schizophrènes


Les signes positifs de la schizophrénie
2) Le délire




Les manuels de psychiatrie décrivent le délire selon trois caractéristiques :
- le thème, - les mécanismes, - la structure.

1) Le thème du délire

Le plus souvent les thèmes délirants sont inquiétants pour le malade :

- Idées de menace, d'influence... (persécution)

- Idées de grandeur, impression d'avoir une mission (mégalomanie)

- Idées en lien avec la religion (délire mystique)

- Impression d’avoir une maladie, d’avoir perdu des organes ou changé physiquement (délire hypocondriaque)…

2) Les mécanismes

On considère qu'il existe 5 mécanismes :

- Hallucinatoire :
Le délire est fondé sur les hallucinations que ressent ou perçoit le malade.

- Interprétatif :
Le malade interprète ce qu'il voit d'une façon incorrecte. Il peut par exemple interpréter un regard comme le signe d'une conspiration contre lui, ou un sourire poli comme la preuve qu'une personne est amoureuse de lui.

- Intuitif :
Le délire semble s'imposer au malade, comme une révélation, sans aucune base rationnelle. Il a par exemple "l'intuition" qu'il est le chef du monde occidental.

- Imaginatif :
Le malade paraît dominé par son imagination. Le délire se construit comme une histoire, avec ses développements et ses rebondissements.

- Illusion :
La perception de la réalité est déformée. Ce mécanisme est à rapprocher des mécanismes hallucinatoires.

3) La structure

Dans la schizophrénie, le délire est plutôt flou et désorganisé. Cela veut dire que les thèmes et les mécanismes peuvent être multiples et changer au fil du temps.
(C’est différent par exemple dans la psychose paranoïaque, où le délire est au contraire très organisé, autour d’un même thème)



Le délire est une croyance en une ou plusieurs idées fausses, sans lien ou même en opposition avec la réalité.
Le malade est convaincu de ce qu’il pense, quoiqu’on puisse lui dire.


Souvent, les idées délirantes ont leur point de départ dans les sensations nouvelles qu'expérimente le malade.
Il semblerait que le délire soit la solution que trouverait inconsciemment le malade pour donner du sens à ce qu'il est en train de vivre.
Par exemple, un malade qui entend des voix peut penser qu'il est espionné et en déduire qu'il est une divinité (délire mystique). Celui qui ressent des modifications corporelles peut penser qu'il a été victime d'expériences médicales secrètes (délire de persécution). Un autre malade qui ressent qu'il peut lire les pensées des autres peut s'imaginer qu'il a des pouvoirs magiques et qu'il peut influencer la marche du monde (délire de grandeur).

Hallucinations et délire sont produits par le malade lui-même, même s'il n'en a pas conscience. Le thème du délire a donc forcément un lien, même lointain ou bizarre, avec son histoire personnelle.

Il semblerait qu'un déséquilibre au niveau des neurotransmetteurs (notamment la dopamine) puisse être à l'origine des hallucinations.

Plus le temps passe, plus les idées délirantes s'enracinent dans le vécu du malade, au point de devenir comme une réalité, à laquelle il croit de manière définitive. Il est alors inutile d'essayer de lui démontrer l'incohérence de ses convictions. Elles sont pour lui aussi vraies que les lois de la physique pour un scientifique.

C'est pour cela qu'il est important de débuter le traitement aussitôt que possible.

Très souvent les idées délirantes sont basées sur une mauvaise compréhension des intentions d'autrui. La schizophrénie apparaît de plus en plus comme une pathologie de la relation aux autres.

On parle alors d'un déficit de "théorie de l'esprit". (On appelle théorie de l'esprit la capacité à comprendre les intentions d'autrui).
Certaines techniques de remédiation cognitive aident d'ailleurs le malade à ré entraîner cette fonction.

Le délire n'est pas spécifique de la schizophrénie. Ce n'est pas parce que vous avez souffert d'un délire à un moment de votre vie que vous êtes schizophrène. Il est tout à fait possible de souffrir de délire sans être schizophrène.
De nombreuses personnes traversent une fois dans leur vie ce que l'on appelle une bouffée délirante aiguë sans pour autant développer de schizophrénie. Certaines personnes atteintes de ce que l'on appelle maladie bipolaire peuvent aussi expérimenter des périodes délirantes. Certaines drogues peuvent aussi occasionner un délire, ainsi que des maladies non psychiatriques comme certaines tumeurs, ou l'épilepsie...

N'oublions pas que la schizophrénie est un syndrome qui regroupe plusieurs catégories de symptômes : des signes positifs, négatifs et de désorganisation. L'existence d'un délire n'est pas suffisant pour établir un diagnostic de schizophrénie.



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